La liberté mondiale sur internet a reculé pour la quinzième année consécutive, et la moitié des pays classés Libre ont perdu du terrain sur la même période. Ce second fait est celui qui mérite qu’on s’y attarde : le déclin ne se limite plus à la consolidation autoritaire. L’Allemagne et les États-Unis ont chacun baissé de trois points, et la Géorgie a baissé de quatre, la chute la plus marquée parmi les pays libres. Sur 72 pays évalués, la situation s’est dégradée dans 28 et améliorée dans 17, le Kenya enregistrant la plus forte détérioration après une coupure nationale de sept heures. Les chiffres ci-dessous proviennent de l’évaluation Freedom on the Net de Freedom House, qui couvre juin 2024 à mai 2025.
TL;DR
- La liberté mondiale sur internet a reculé pour la 15e année consécutive (Freedom House)
- 72 pays ont été évalués (Freedom House)
- La situation s’est dégradée dans 28 pays (Freedom House)
- La situation s’est améliorée dans 17 pays (Freedom House)
- Le Kenya a baissé de 6 points, le pire recul (Freedom House)
- Le Venezuela et la Géorgie ont chacun baissé de 4 points (Freedom House)
- Le Kenya a coupé la connectivité pendant environ sept heures durant les manifestations de juin 2024 (Freedom House)
- Le Bangladesh a enregistré la plus forte amélioration (Freedom House)
- La Chine et le Myanmar restent les pires environnements (Freedom House)
- L’Islande reste l’environnement en ligne le plus libre (Freedom House)
- La moitié des 18 pays classés Libre ont reculé (Freedom House)
- L’Allemagne et les États-Unis ont chacun baissé de 3 points (Freedom House)
- La période couverte va de juin 2024 à mai 2025 (Freedom House)
1. Quinze années consécutives
Un indicateur qui évolue dans la même direction chaque année depuis qu’il est mesuré décrit une condition structurelle plutôt qu’une fluctuation. La liberté mondiale sur internet a reculé pour la quinzième année consécutive, Freedom House citant deux moteurs : la répression autoritaire persistante et le recul dans les démocraties.
Cette série ininterrompue mérite une lecture attentive. Elle ne signifie pas que chaque pays s’est dégradé chaque année, ni que le rythme du déclin est constant. Elle signifie que, globalement, sur l’ensemble évalué, les gains n’ont jamais dépassé les pertes lors d’un seul cycle annuel, et ce en quinze tentatives. Vu à quel point l’accès à internet, l’architecture des plateformes et l’attention réglementaire ont changé pendant cette période, la constance de la direction suggère que la dynamique sous-jacente n’est liée à aucune technologie ni à aucun moment politique en particulier.
| Métrique | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Années consécutives de déclin mondial | 15 | Freedom House |
| Pays évalués | 72 | Freedom House |
| Pays où la situation s’est dégradée | 28 | Freedom House |
| Pays où la situation s’est améliorée | 17 | Freedom House |
| Pays sans changement net | 27 | Calculé à partir des chiffres de Freedom House |
| Moteurs cités | répression autoritaire, recul démocratique | Freedom House |
| Échelle utilisée | 100 points | Freedom House |
| Période couverte | juin 2024 à mai 2025 | Freedom House |
Source : Freedom House sur la 15e année consécutive de déclin.
2. Le bilan par pays
Le déclin global est la somme de nombreux mouvements nationaux, la plupart modestes. La situation s’est dégradée dans 28 pays et améliorée dans 17, laissant 27 pays sans changement net, ce qui signifie qu’environ un tiers des pays évalués ont bougé de manière significative dans un sens ou dans l’autre.
La baisse de six points du Kenya a été la plus forte de la période. Le Venezuela et la Géorgie ont chacun baissé de quatre points. Ce qui distingue les plus fortes baisses des plus modestes est généralement un événement ponctuel plutôt qu’une érosion progressive des politiques : un mouvement de contestation confronté à des restrictions de connectivité, une élection accompagnée du blocage de plateformes, ou une nouvelle loi criminalisant certaines catégories de discours. Ce schéma épisodique explique pourquoi les scores des pays peuvent sembler volatils d’une année sur l’autre alors que la tendance mondiale reste régulière.
| Métrique | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Pays dont la situation se dégrade | 28 | Freedom House |
| Pays dont la situation s’améliore | 17 | Freedom House |
| Pire recul | Kenya, baisse de 6 points | Freedom House |
| Deuxièmes pires reculs | Venezuela et Géorgie, baisse de 4 chacun | Freedom House |
| Plus forte amélioration | Bangladesh | Freedom House |
| Pays évalués | 72 | Freedom House |
| Part des pays évalués ayant bougé | environ un tiers | Calculé |
| Cause habituelle d’une forte baisse en une seule année | un événement politique ponctuel | Calculé |
Le contexte d’usage figure dans nos statistiques mondiales d’utilisation d’internet. Source : Freedom on the Net 2025, un avenir incertain pour internet à l’échelle mondiale.
3. Les coupures d’internet, l’instrument le plus radical
Le cas du Kenya montre à quelle vitesse un score peut évoluer quand un gouvernement recourt à l’outil le plus brutal à sa disposition. Les autorités ont coupé la connectivité internet pendant environ sept heures en juin 2024 en réponse à des manifestations nationales contre la politique fiscale, et ont arrêté des centaines de manifestants. Sept heures, c’est court au regard des coupures documentées, et cela a suffi à produire le pire recul de l’année.
C’est cette disproportion qui compte. Une coupure est sans ambiguïté, attribuable, et touche tous les utilisateurs simultanément, donc elle pèse lourd dans un indice construit autour des obstacles à l’accès. Elle est aussi, contrairement au filtrage de contenu ou à la surveillance, impossible à nier pour un gouvernement. Cette visibilité fait des coupures la forme de censure la plus fiablement mesurée et, pour la même raison, sans doute la moins représentative de l’expérience quotidienne d’un internet restreint, plus souvent façonnée par un filtrage discret et l’autocensure.
| Métrique | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Durée de la coupure au Kenya | environ 7 heures | Freedom House |
| Déclencheur | manifestations nationales contre la politique fiscale | Freedom House |
| Mois | juin 2024 | Freedom House |
| Manifestants arrêtés | des centaines | Freedom House |
| Changement de score résultant | baisse de 6 points | Freedom House |
| Rang de ce recul | le pire de la période | Freedom House |
| Pourquoi les coupures pèsent autant | touchent tous les utilisateurs, incontestables | Calculé |
| Ce que les coupures sous-représentent | le filtrage et l’autocensure | Calculé |
Source : TechPolicy.Press sur la 15e année consécutive de déclin.
4. Les démocraties perdent aussi du terrain
Le constat qui vient compliquer le récit habituel se produit au sein même du monde libre. La moitié des dix-huit pays classés Libre ont subi des baisses de score, la Géorgie perdant quatre points, suivie de l’Allemagne et des États-Unis à trois points chacun.
Une baisse de trois points est faible en valeur absolue et significative dans le contexte, car ce sont les pays que l’indice traite comme référence. Les baisses dans ce groupe reflètent généralement une nouvelle réglementation du contenu, une extension des pouvoirs de surveillance ou une pression sur les plateformes, plutôt que les coupures et arrestations qui déterminent les scores dans les États autoritaires. Cette différence de mécanisme compte : le même mouvement de score à la baisse peut décrire un gouvernement bloquant un site d’opposition ou un parlement adoptant une loi sur la sécurité en ligne aux pouvoirs de retrait mal délimités, et confondre les deux n’apporte rien d’utile.
| Métrique | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Pays classés Libre | 18 | Freedom House |
| Part d’entre eux ayant reculé | la moitié | Freedom House |
| Plus forte baisse parmi les pays Libres | Géorgie, baisse de 4 points | Freedom House |
| Évolution du score de l’Allemagne | baisse de 3 points | Freedom House |
| Évolution du score des États-Unis | baisse de 3 points | Freedom House |
| Mécanisme habituel dans ces pays | réglementation et pouvoirs de surveillance | Calculé |
| Mécanisme habituel dans les États autoritaires | coupures, blocages, arrestations | Calculé |
| L’un des deux moteurs mondiaux cités | recul démocratique | Freedom House |
Le contexte côté modération figure dans nos statistiques sur la modération de contenu, et le contexte sur l’environnement informationnel dans nos statistiques sur la désinformation. Source : Freedom House, rapport pays sur les États-Unis 2025.
5. Les extrêmes, et ce que le score mesure vraiment
Aux extrémités de la distribution, les classements sont stables depuis des années. La Chine et le Myanmar restent les pires environnements au monde pour la liberté sur internet, et l’Islande reste le plus libre. Cette stabilité aux extrêmes est prévisible : un pays dont le score frôle le plancher a peu de marge pour baisser et aucune incitation à changer.
Comprendre ce que recouvre le score sur 100 points importe avant de le citer. Freedom House note trois dimensions : les obstacles à l’accès, les limites au contenu et les atteintes aux droits des utilisateurs. Un pays peut donc reculer parce que la connectivité a été restreinte, parce que du contenu a été censuré, ou parce que des utilisateurs ont été poursuivis, et le chiffre global ne distingue pas entre ces causes. Cette construction composite rend la comparaison entre pays globalement pertinente, mais fait du score d’un seul pays un mauvais guide pour savoir quel problème précis un utilisateur y rencontrerait.
La stabilité en bas de classement masque aussi à quel point les pires cas diffèrent entre eux. La Chine exploite l’appareil de filtrage techniquement le plus sophistiqué qui existe, construit sur deux décennies et largement invisible pour les utilisateurs qui s’y trouvent. Les restrictions du Myanmar sont plus rudimentaires, plus récentes, et appliquées en grande partie par des coupures et des poursuites judiciaires. Les deux affichent un score proche du plancher, et le score ne permet pas de les distinguer. Pour quiconque utilise cet indice pour évaluer la situation dans un pays précis plutôt que pour comparer entre de nombreux pays, le récit du pays sous-jacent contient plus d’information que le chiffre qui lui est attribué.
| Métrique | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Pires environnements | Chine et Myanmar | Freedom House |
| Environnement le plus libre | Islande | Freedom House |
| Dimensions notées | obstacles à l’accès, limites au contenu, atteintes aux droits des utilisateurs | Freedom House |
| Échelle | 100 points | Freedom House |
| Pays évalués | 72 | Freedom House |
| Période couverte | juin 2024 à mai 2025 | Freedom House |
| Fréquence de publication | annuelle | Freedom House |
| Années consécutives de déclin | 15 | Freedom House |
Le contexte sur les attitudes en matière de vie privée figure dans nos statistiques sur la confidentialité numérique. Source : portail des rapports Freedom on the Net.
Résumé : la censure sur internet en chiffres
| Métrique | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Années consécutives de déclin mondial | 15 | Freedom House |
| Pays évalués | 72 | Freedom House |
| Pays en dégradation | 28 | Freedom House |
| Pays en amélioration | 17 | Freedom House |
| Pays sans changement net | 27 | Calculé |
| Pire recul | Kenya, baisse de 6 points | Freedom House |
| Évolution du score du Venezuela | baisse de 4 points | Freedom House |
| Évolution du score de la Géorgie | baisse de 4 points | Freedom House |
| Durée de la coupure au Kenya | environ 7 heures | Freedom House |
| Plus forte amélioration | Bangladesh | Freedom House |
| Pays classés Libre | 18 | Freedom House |
| Part des pays Libres en recul | la moitié | Freedom House |
| Évolution du score de l’Allemagne | baisse de 3 points | Freedom House |
| Évolution du score des États-Unis | baisse de 3 points | Freedom House |
| Pires environnements | Chine et Myanmar | Freedom House |
| Environnement le plus libre | Islande | Freedom House |
| Dimensions notées | 3 | Freedom House |
| Période couverte | juin 2024 à mai 2025 | Freedom House |
Méthodologie et sources
- Tous les scores, les mouvements de pays, le détail des coupures et le décompte des années consécutives de déclin proviennent de l’évaluation Freedom on the Net de Freedom House, qui couvre juin 2024 à mai 2025 (rapport, annonce, portail des rapports, rapport pays sur les États-Unis, bilan annuel des travaux de Freedom House).
- La couverture indépendante a été recoupée avec le rapport principal (TechPolicy.Press, Help Net Security, Media Rights Agenda, fiche du dépôt Harvard GHELI).
- Point de vigilance sur les données : la période de couverture se termine en mai 2025, donc cette évaluation décrit une situation déjà vieille de plus d’un an au moment de la lecture et ne saisit pas les événements survenus depuis. L’indice couvre 72 pays et non le monde entier, sélectionnés pour représenter la majorité des internautes mondiaux, ce n’est donc pas un recensement, et les pays absents ne sont pas bien notés mais simplement non notés. Le score sur 100 points est un composite de trois dimensions, ce qui signifie que deux pays au score identique peuvent faire face à des restrictions entièrement différentes, et qu’un changement de score n’indique pas quelle dimension a évolué. Freedom House est une organisation de plaidoyer autant qu’un organisme de recherche, et sa méthodologie, bien que publiée, repose sur le jugement des analystes plutôt que sur une mesure purement mécanique. Les lignes marquées comme calculées relèvent de l’arithmétique ou d’une déduction directe à partir des chiffres publiés.
- Dernière mise à jour : 2 août 2026. Nous mettons à jour ce dossier chaque trimestre, et la prochaine actualisation majeure est attendue lorsque Freedom House publiera sa prochaine édition de Freedom on the Net.